Dimensionnement d’un réseau aéraulique : erreurs courantes à éviter

Publié le 27 août 2025 à 14:00

Le dimensionnement d’un réseau aéraulique est une étape critique dans la conception d’une installation de ventilation ou de climatisation. Il conditionne à la fois le confort des occupants, la performance énergétique du bâtiment et la durabilité des équipements. Un réseau mal conçu entraîne des surconsommations électriques, des nuisances acoustiques, une mauvaise répartition de l’air et des coûts d’exploitation accrus.

Pourtant, malgré les outils de calcul modernes et les logiciels de simulation, certaines erreurs classiques persistent encore sur les chantiers. Les identifier permet de les éviter et d’assurer la réussite d’un projet.

Sous-estimer l’impact des pertes de charge

L’une des erreurs les plus fréquentes est de négliger les pertes de charge dans le réseau.
Les pertes de charge linéaires (liées aux frottements dans les conduits) et singulières (coudes, réductions, piquages, clapets, filtres, registres de régulation, batteries de traitement d’air) représentent souvent 30 à 50 % de la pression totale que le ventilateur doit compenser.

Un ventilateur sous-dimensionné ne pourra pas maintenir le débit d’air prévu, ce qui entraîne :

  • une insuffisance de ventilation dans certaines zones,

  • des déséquilibres de température entre locaux,

  • une non-conformité réglementaire vis-à-vis des débits hygiéniques imposés.

Il est donc indispensable de réaliser un calcul précis des pertes de charge, en tenant compte non seulement des gaines principales mais aussi des accessoires. Un réseau théorique « parfait » sur plan peut se révéler inutilisable une fois en exploitation.

Choisir des vitesses d’air inadaptées

La vitesse de l’air est un paramètre fondamental. Une vitesse trop élevée provoque :

  • une augmentation exponentielle des pertes de charge, donc de la puissance nécessaire des ventilateurs,

  • des nuisances acoustiques importantes, en particulier dans les réseaux secondaires proches des occupants.

À l’inverse, une vitesse trop faible conduit à des sections de conduits surdimensionnées, ce qui génère :

  • un surcoût en matériaux,

  • une perte d’espace utile dans les faux-plafonds ou les gaines techniques.

En pratique, les plages de vitesses à respecter sont généralement :

  • 4 à 6 m/s pour les conduits principaux,

  • 2 à 3 m/s pour les réseaux secondaires,

  • 1 à 2 m/s en diffusion terminale.

Ne pas respecter ces plages revient à sacrifier soit le confort acoustique, soit la maîtrise budgétaire du projet.

Négliger l’équilibrage des réseaux

Même avec un dimensionnement théorique correct, un réseau peut présenter des déséquilibres de pression. Les branches les plus courtes ou les mieux positionnées reçoivent souvent plus d’air, tandis que les plus éloignées sont sous-alimentées.

Sans un équilibrage rigoureux, certains locaux bénéficient d’un sur-débit, entraînant des courants d’air désagréables, alors que d’autres restent insuffisamment ventilés. Le confort global et la qualité de l’air intérieur en pâtissent.

L’équilibrage doit être anticipé dès la conception, en intégrant des organes de régulation (registres de réglage, vannes motorisées, clapets), judicieusement placés et accessibles pour la maintenance. Ignorer ce point conduit à des corrections coûteuses en phase de mise en service.

Ignorer les contraintes acoustiques

Le confort acoustique est un critère essentiel dans les bâtiments tertiaires (bureaux, écoles, hôpitaux). Une installation bruyante provoque de l’inconfort, de la gêne et une baisse de productivité.

Les erreurs les plus courantes sont :

  • l’utilisation de vitesses trop élevées,

  • des coudes à rayon trop court qui créent des turbulences,

  • des diffuseurs mal choisis qui génèrent du bruit de soufflage.

Le dimensionnement doit donc intégrer une étude acoustique, avec le recours si nécessaire à des pièges à son, des plénums adaptés et un choix judicieux des diffuseurs et grilles.

Mal positionner les bouches de soufflage et de reprise

Le placement des terminaux aérauliques (bouches, grilles, diffuseurs) est tout aussi important que le calcul des conduits. Une mauvaise implantation peut provoquer une stratification thermique (air chaud en plafond, air froid au sol), des zones de stagnation ou au contraire des courants d’air directs sur les occupants.

Il est crucial de penser la diffusion en fonction de la configuration des locaux, de leur occupation et de leur usage. Un open-space, par exemple, nécessitera une diffusion homogène et discrète, tandis qu’une salle de réunion exigera un fonctionnement silencieux.

Oublier l’importance du réseau de reprise

Beaucoup de concepteurs concentrent leurs efforts sur le réseau de soufflage, en négligeant le réseau de reprise. Or, un déséquilibre entre soufflage et reprise provoque des surpressions ou dépressions locales, entraînant une infiltration d’air parasite, des portes difficiles à ouvrir et une consommation énergétique accrue.

Un bon dimensionnement prévoit un équilibre strict entre soufflage, reprise et extraction, en veillant à éviter les courts-circuits entre air soufflé et air repris.

Négliger la maintenance et l’accessibilité

Un réseau aéraulique doit rester facile à entretenir. L’absence de trappes de visite, de sections droites suffisantes pour l’installation de capteurs ou d’espaces accessibles autour des registres rend la maintenance compliquée et coûteuse.

Un projet réussi intègre dès la conception la notion de maintenance préventive. Cela garantit la pérennité des performances, la sécurité sanitaire et la longévité de l’installation.

Conclusion

Le dimensionnement d’un réseau aéraulique ne se résume pas à un calcul de débits. C’est un exercice d’équilibre qui doit conjuguer énergie, confort, acoustique, hygiène et maintenance.
Les erreurs courantes – comme la sous-estimation des pertes de charge, le choix de vitesses inadaptées, l’oubli de l’équilibrage, la négligence du confort acoustique ou encore l’absence d’anticipation de la maintenance – compromettent la qualité globale d’une installation et augmentent fortement les coûts d’exploitation.

Un réseau bien conçu repose sur une approche rigoureuse, s’appuyant sur les normes (EN 13779, RE2020, ISO 16890, recommandations AICVF), l’expérience terrain et une vision long terme intégrant la maintenance. Éviter ces erreurs, c’est garantir un système fiable, performant et durable.

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